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Anti-collagénolytiques et prévention de la fonte cornéenne
La fonte stromale n'est pas un échec de cicatrisation : c'est une cicatrisation qui s'emballe. Les métalloprotéinases matricielles — MMP-1, MMP-9 surtout — sont indispensables au remodelage normal ; libérées en excès par l'épithélium en souffrance, les polynucléaires et les kératocytes activés, elles digèrent le collagène plus vite qu'il n'est déposé. La cornée s'amincit, et la perforation devient une question de jours.
D'où une famille définie non par une cible commune mais par une urgence commune : ralentir la protéolyse le temps que l'épithélium se referme. La N-acétylcystéine agit directement sur l'activité collagénase, la doxycycline inhibe l'expression et l'activité des MMP à dose sub-antimicrobienne, la vitamine C restaure la synthèse du collagène et le pouvoir réducteur du stroma brûlé.
Vue d'ensemble
| Agent | Mécanisme | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| N-acétylcystéine (NAC) | Anti-collagénase : dérivé N-acétylé de la cystéine, la NAC se comporte comme un pseudopeptide à groupe thiol — ce thiol… | Oxford IV–V (humain) Faible / Expérimental Présent · niche |
| Doxycycline / tétracyclines (oral) | Indépendant de l'effet antibactérien : chélation Zn²⁺/Ca²⁺ du site catalytique des MMP (MMP-8/-9/-13) + répression de le… | Oxford II–IV Modéré Présent · établi |
| Vitamine C (acide ascorbique) | Cofacteur des prolyl/lysyl-hydroxylases → synthèse et pontage du collagène par les kératocytes ; puissant antioxydant. | Oxford II (exp.) · III–IV (humain) Modéré–Fort (brûlures) Présent · classique |
| Aprotinine | Inhibe les sérine-protéases (plasmine, élastase neutrophile) impliquées dans la collagénolyse stromale → réduit la fonte… | Oxford IV Faible / Expérimental Passé · niche |
| Inhibiteurs de MMP | MMP-9 = médiateur dominant de la rupture de barrière épithéliale (sécheresse/ulcère). | Oxford II–V (selon agent) Modéré (stratégie) Présent · établi |
N-acétylcystéine (NAC)
Collyre 5–20 % (dilué de la forme systémique, compounded)
Anti-collagénase : dérivé N-acétylé de la cystéine, la NAC se comporte comme un pseudopeptide à groupe thiol — ce thiol libre chélate le zinc/calcium du site catalytique des MMP, sur le même principe (chélation du zinc actif) que les pseudopeptides inhibiteurs de synthèse (hydroxamates de la classe ilomastat/batimastat, cf. encadré « Inhibiteurs de MMP »), mais via un groupement thiol plutôt qu'hydroxamate ; elle réduit aussi directement les ponts disulfure de la pro-MMP-9, limitant son activation, et sous-régule la transcription des MMP via l'inhibition de NF-κB [Kim et al., Eye 2012] ; par ailleurs mucolytique (rupture des ponts disulfure du mucus/filaments) et antioxydant (précurseur du glutathion).
IndicationsFonte stromale / kératomalacie / descemétocèle (brûlures alcalines, ulcères collagénolytiques) pour stopper l'amincissement ; kératite filamenteuse (mucolytique). Très utilisé en cornée vétérinaire.
Voie & posologieTopique, ~10 % (5–20 %), 1 goutte toutes les 1–4 h pendant la fonte active, puis décroissance. Réfrigéré, péremption courte, irritant.
Niveau de preuveOxford IV–V chez l'humain (données in-vitro/vétérinaires solides) · Échelle : Faible / Expérimental.
Fiche détaillée →Doxycycline / tétracyclines (oral) — effet anti-MMP
Doxycycline (aussi minocycline) ; formes sous-antimicrobiennes 20–40 mg (Oracea)
Indépendant de l'effet antibactérien : chélation Zn²⁺/Ca²⁺ du site catalytique des MMP (MMP-8/-9/-13) + répression de leur expression → stabilisation du stroma ; anti-inflammatoire (↓IL-1β, TNF-α, chimiotactisme neutrophile) ; effet meibomien (↓lipases). Soutient la membrane basale (érosions).
IndicationsÉrosions cornéennes récidivantes (avec corticoïde), fonte/ulcère stromal (risque de perforation), rosacée/DGM avec kératite marginale, kératite ulcérante périphérique.
Voie & posologieÉrosions : doxycycline 50 mg ×2/j ~2 mois (+ corticoïde topique). Fonte : 100 mg ×2/j. Rosacée/DGM : 40 mg LP ×1/j ou 20 mg ×2/j (sous-antimicrobien), plusieurs mois.
Niveau de preuveOxford II–IV (un ECR érosions ; fonte : modèles + séries) · Échelle : Modéré (érosions/rosacée), Faible (fonte).
Fiche détaillée →Vitamine C (acide ascorbique) — anti-fonte des brûlures
Topique ~10 % (compounded) et/ou systémique haute dose
Cofacteur des prolyl/lysyl-hydroxylases → synthèse et pontage du collagène par les kératocytes ; puissant antioxydant. Le pool ascorbate cornéen s'effondre après brûlure alcaline (lésion du corps ciliaire) → la recharge restaure la réparation collagénique et réduit ulcération/perforation.
IndicationsBrûlures alcalines/acides/thermiques (protocole anti-fonte classique avec citrate, doxycycline, corticoïde, lubrifiants) ; atteintes ischémiques avec amincissement stromal.
Voie & posologieAscorbate topique 10 % toutes les 1–2 h + acide ascorbique oral (500 mg–2 g/j, jusqu'à 1–2 g ×4/j dans les protocoles historiques). Souvent + citrate 10 % topique.
Niveau de preuveOxford II (études animales contrôlées classiques) · Échelle : Modéré–Fort pour la prévention de la fonte des brûlures (données humaines observationnelles).
Fiche détaillée →Aprotinine — anti-protéase (historique)
Inhibiteur de sérine-protéases bovin (plasmine, trypsine, kallikréine, élastase)
Inhibe les sérine-protéases (plasmine, élastase neutrophile) impliquées dans la collagénolyse stromale → réduit la fonte et stabilise le lit ulcéreux. Aussi composant de colles de fibrine.
IndicationsFonte stromale stérile/kératomalacie (brûlures, PUK rhumatoïde, post-chirurgie) — largement historique/2e ligne, supplanté par doxycycline, sérum, membrane amniotique.
Voie & posologieTopique (collyre compounded, ~10 000 KIU/mL) fréquent, ou composant de colle de fibrine. Pas de posologie ophtalmique standardisée.
Niveau de preuveOxford IV · Échelle : Faible / Expérimental. L'aprotinine systémique (Trasylol) a été suspendue (2007–08) pour raisons de sécurité — enthousiasme limité.
Fiche détaillée →Inhibiteurs de MMP — stratégie de classe
Concept mécanistique combinant plusieurs agents ci-dessus
MMP-9 = médiateur dominant de la rupture de barrière épithéliale (sécheresse/ulcère). L'induction des MMP dépend en amont de l'interaction directe épithélium–stroma via EMMPRIN/CD147 (basigine) : le CD147 épithélial induit la synthèse de MMP par les fibroblastes stromaux — cible régulatrice de la fonte et du remodelage. Stratégie combinée : chélation du zinc + répression d'expression + apport d'inhibiteurs endogènes + protection anti-inflammatoire. Tension thérapeutique : les corticoïdes inhibent les MMP mais altèrent la synthèse collagénique et la ré-épithélialisation.
Niveau de preuvePhysiopathologie du rôle des MMP : Fort. Stratégie globale : Modéré (Oxford II–V selon l'agent) ; test point-of-care MMP-9 (InflammaDry) pour le diagnostic. Inhibiteurs synthétiques sélectifs : Futur.
Fiche détaillée →Ce qu'il faut retenir
Le trépied N-acétylcystéine – doxycycline – vitamine C est la réponse de première intention devant toute cornée qui s'amincit, et il ne se discute pas : les trois sont disponibles, peu coûteux, bien tolérés, et leur association couvre trois mécanismes distincts. Dans une brûlure par base, la vitamine C se donne par voie topique et systémique.
La condition de leur efficacité est ailleurs : aucun anti-protéase ne referme un épithélium. Ils achètent du temps. Si la cause de l'ulcère — dénervation, exposition, toxicité d'un collyre, infection — n'est pas traitée dans le même temps, la fonte reprend à l'arrêt du traitement.
L'aprotinine n'a plus qu'un intérêt historique. Les inhibiteurs de MMP de synthèse, malgré vingt ans de développement, n'ont jamais franchi l'étape clinique en ophtalmologie.
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Mis à jour le 26 août 2026