Pr Eric E. GabisonCornée et surface oculaire · Paris

Sécheresse oculaire et cicatrisation : un lien sous-estimé

La sécheresse oculaire est habituellement présentée comme une question de confort. Elle est aussi, et c'est moins connu, l'une des principales causes de retard de cicatrisation de la cornée — et l'une des rares sur lesquelles on peut agir avant même qu'un problème survienne.

Le film lacrymal nourrit, il ne fait pas que mouiller

La cornée n'a pas de vaisseaux : c'est la condition de sa transparence. Elle reçoit donc son oxygène et ses nutriments par deux voies seulement, l'humeur aqueuse en arrière et le film lacrymal en avant. Ce film apporte des facteurs de croissance, de la vitamine A, des protéines d'adhésion et des molécules de défense.

Un film lacrymal instable ou appauvri prive donc l'épithélium de son milieu nourricier. Sur une surface saine, cela se traduit par un inconfort ; sur une surface blessée ou opérée, par une cicatrisation qui traîne.

Le cercle vicieux de l'inflammation

La sécheresse n'est pas seulement un manque d'eau. L'hyperosmolarité du film lacrymal active les cellules épithéliales, qui libèrent des cytokines inflammatoires et des métalloprotéinases — en particulier la MMP-9, dont on mesure aujourd'hui la présence par un test rapide. Ces enzymes désorganisent les jonctions entre cellules et fragilisent la barrière, ce qui aggrave l'évaporation, donc l'hyperosmolarité.

C'est pourquoi une sécheresse installée ne se corrige pas seulement en ajoutant des larmes : il faut aussi interrompre l'inflammation.

Les conservateurs, un facteur aggravant évitable

Le chlorure de benzalkonium, présent dans la majorité des collyres multidoses, est un détergent : il désorganise les jonctions serrées de l'épithélium et tue les cellules de surface, avec un effet proportionnel au nombre d'instillations quotidiennes.

Un patient qui met trois collyres conservés quatre fois par jour reçoit douze expositions quotidiennes. Chez un glaucomateux traité depuis dix ans, l'effet cumulé est considérable — et c'est une des raisons pour lesquelles ces yeux cicatrisent mal. Le passage aux unidoses sans conservateur est souvent la mesure la plus efficace, et la plus simple.

Avant une chirurgie, traiter d'abord

Une sécheresse non traitée avant une chirurgie de la cataracte ou une chirurgie réfractive expose à deux conséquences : des mesures préopératoires faussées — la kératométrie se lit sur un film lacrymal, et un film instable fausse le calcul de l'implant — et des suites inconfortables, avec une récupération visuelle plus lente.

Traiter la surface avant d'opérer n'est donc pas une précaution de confort : c'est une condition du résultat.

Quand consulter sans attendre. Consultez si la sécheresse s'accompagne d'une douleur qui augmente, d'une baisse de vision ou d'une rougeur qui persiste : ces signes dépassent la sécheresse simple et peuvent traduire une atteinte de la cornée.

Questions fréquentes

La sécheresse oculaire peut-elle retarder la cicatrisation ?
Oui. Le film lacrymal apporte les facteurs de croissance et les protéines d'adhésion dont l'épithélium a besoin ; son appauvrissement ralentit la réparation.
Les collyres avec conservateur sont-ils nocifs ?
Le chlorure de benzalkonium est toxique pour l'épithélium de façon cumulative. Chez un patient qui instille plusieurs collyres par jour depuis des années, le passage aux unidoses est souvent déterminant.
Faut-il traiter une sécheresse avant une opération des yeux ?
Oui. Une surface instable fausse les mesures préopératoires et rend les suites plus inconfortables.

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Mis à jour le 26 août 2026 · Ces informations sont à visée éducative et ne remplacent pas une consultation.