Le collyre au sérum autologue, expliqué
On vous a prescrit un collyre fabriqué à partir de votre propre sang, et la prescription surprend souvent plus que le traitement lui-même. L'idée est pourtant simple : remplacer un film lacrymal qui ne nourrit plus la surface de l'œil.
Pourquoi du sang dans un collyre
Les larmes ne sont pas de l'eau salée. Elles contiennent des facteurs de croissance, de la vitamine A, de la fibronectine, des immunoglobulines et de la substance P — un ensemble qui entretient l'épithélium en permanence. Dans les sécheresses sévères, cette fonction nourricière disparaît, et les larmes artificielles, qui ne font que mouiller, ne la remplacent pas.
Le sérum — la partie liquide du sang débarrassée des cellules et de la fibrine — a une composition remarquablement proche de celle des larmes pour l'essentiel de ces constituants. D'où l'idée, ancienne, de le diluer et de l'instiller.
À qui il s'adresse
- Les sécheresses sévères, notamment du syndrome de Gougerot-Sjögren.
- Les défauts épithéliaux persistants — un ulcère de surface qui ne se referme pas malgré un traitement bien conduit.
- La kératite neurotrophique, où la cornée a perdu sa sensibilité et son support nerveux.
- La maladie du greffon contre l'hôte après greffe de moelle.
- Certaines brûlures et suites de chirurgie compliquées.
Ce n'est pas un traitement de la sécheresse ordinaire : il vient après les larmes artificielles sans conservateur, le traitement des paupières et, le cas échéant, l'occlusion des points lacrymaux.
Comment il est préparé
Une prise de sang est réalisée — l'équivalent de quelques tubes, davantage si l'on veut plusieurs mois d'autonomie. Le sang est laissé à coaguler, centrifugé, et le sérum est prélevé puis dilué, le plus souvent entre 20 et 50 %, dans du sérum physiologique. Le produit est réparti en petits flacons et congelé.
La préparation relève d'une pharmacie hospitalière ou d'un établissement autorisé : ce n'est pas un produit d'officine, et cela explique les délais et le circuit particulier de délivrance.
En pratique, au quotidien
- Les flacons se conservent au congélateur ; celui qui est en cours se garde au réfrigérateur, en général une semaine.
- La fréquence habituelle est de quatre à huit instillations par jour, parfois davantage au début.
- Le traitement se juge sur plusieurs semaines, pas sur quelques jours.
- Il n'y a pas de risque de rejet ni d'allergie, puisqu'il s'agit de votre propre sérum. Le risque principal est celui d'une contamination du flacon : les règles de conservation et d'hygiène ne sont pas négociables.
Une variante existe lorsque le prélèvement est impossible ou le sérum du patient de mauvaise qualité : le sérum de cordon ombilical, allogénique, plus riche en facteurs de croissance, mais d'accès plus restreint.
Questions fréquentes
- Le collyre au sérum autologue est-il remboursé ?
- Sa préparation relève d'une pharmacie hospitalière ou d'un établissement autorisé ; les modalités de prise en charge dépendent du circuit et de l'indication, et vous sont précisées lors de la prescription.
- Combien de temps faut-il le prendre ?
- Plusieurs semaines au minimum, souvent plusieurs mois. Son effet se juge sur la fermeture de l'épithélium et le confort, pas sur quelques jours.
- Y a-t-il un risque de rejet ?
- Non : il s'agit de votre propre sérum. Le risque principal est la contamination du flacon, d'où des règles strictes de conservation.
À lire aussi
Mis à jour le 26 août 2026 · Ces informations sont à visée éducative et ne remplacent pas une consultation.