Un ulcère de cornée est une perte de substance de la cornée, qui dépasse la simple érosion de surface. C'est une situation qui doit être vue rapidement par un ophtalmologiste : selon la cause et la profondeur, l'évolution peut aller de la guérison sans séquelle à une cicatrice définitive sur l'axe visuel.
Les symptômes qui doivent alerter :
Une nuance importante : dans la kératite neurotrophique, la cornée a perdu sa sensibilité. L'ulcère peut alors être important sans douleur, ce qui retarde dangereusement la consultation. Une baisse de vision ou une rougeur inexpliquée, même indolore, mérite donc un examen — en particulier après un herpès oculaire, un zona ophtalmique, une chirurgie cornéenne ou chez un patient diabétique.
| Cause | Contexte typique |
|---|---|
| Infection bactérienne | Port de lentilles, traumatisme, œil déjà fragilisé. Évolution rapide, tache blanche, sécrétions. |
| Herpès cornéen | Récidives possibles, ulcère d'aspect caractéristique. Contre-indique certains traitements. |
| Amibe (acanthamœba) | Lentilles, eau du robinet, piscine. Douleur très intense, diagnostic souvent tardif. |
| Sécheresse oculaire sévère | Syndrome de Gougerot-Sjögren, atteinte des paupières, environnement. |
| Kératite neurotrophique | Après herpès, zona, chirurgie, diabète. Ulcère souvent indolore et traînant. |
| Traumatisme, brûlure | Corps étranger, projection chimique. Une brûlure chimique est une urgence immédiate. |
| Cause inflammatoire | Maladies auto-immunes, polyarthrite rhumatoïde : ulcères périphériques, risque de fonte. |
Le port de lentilles est le premier facteur de risque d'ulcère infectieux chez le sujet jeune. Les situations à risque sont bien identifiées : dormir avec ses lentilles, dépasser la durée de port prévue, rincer l'étui ou les lentilles à l'eau du robinet, se baigner ou prendre une douche avec ses lentilles.
L'examen de référence est l'examen à la lampe à fente, avec instillation de fluorescéine : ce colorant se fixe sur les zones où l'épithélium manque et rend l'ulcère visible en lumière bleue. Cet examen permet d'apprécier la taille, la profondeur et l'aspect de l'ulcère — éléments déterminants pour orienter vers une cause infectieuse ou non.
La sensibilité cornéenne est également testée : sa diminution oriente vers une origine neurotrophique et change complètement la prise en charge. En cas de suspicion d'infection, des prélèvements peuvent être réalisés avant de débuter le traitement, pour identifier le germe en cause.
Le traitement dépend étroitement de la cause, ce qui explique pourquoi l'automédication est risquée : un collyre adapté à une cause peut aggraver une autre. Schématiquement :
Les corticoïdes méritent une mention particulière : utiles pour limiter la cicatrice inflammatoire dans certaines situations, ils peuvent en revanche aggraver dramatiquement une infection herpétique, fongique ou amibienne. Leur prescription relève strictement de l'ophtalmologiste, après diagnostic précis. L'ensemble des agents thérapeutiques disponibles, avec leurs niveaux de preuve, est détaillé dans la revue des facteurs modulant la cicatrisation cornéenne.
Un ulcère qui ne s'est pas refermé après environ deux semaines de traitement bien conduit définit un défect épithélial persistant. Ce n'est pas une fatalité, mais un signal : il existe un obstacle à la cicatrisation qu'il faut identifier et traiter — sécheresse sévère, perte de sensibilité cornéenne, diabète, toxicité des collyres utilisés, déficit en cellules souches limbiques.
Le risque, dans ces formes traînantes, est la fonte stromale : un déséquilibre entre les enzymes qui dégradent le collagène et leurs inhibiteurs conduit à un amincissement progressif de la cornée, jusqu'au risque de perforation. C'est précisément ce basculement — cicatriser en fibrosant ou fondre — que décrivent les travaux sur les interactions épithélio-stromales.

Un ulcère limité à l'épithélium guérit sans laisser de trace. Dès que le stroma est atteint, une opacité cicatricielle (taie) est fréquente et le plus souvent définitive. Son retentissement dépend surtout de sa localisation : une petite cicatrice centrale, dans l'axe visuel, gêne bien davantage qu'une opacité périphérique plus étendue. Un astigmatisme irrégulier peut également persister. Lorsque la cicatrice compromet durablement la vision, une greffe de cornée peut être discutée, à distance de l'épisode aigu.
Après chirurgie ou spontané, une prise en charge spécialisée est possible.
Consultation urgente →Ces informations sont fournies à titre pédagogique et ne remplacent pas une consultation. Un ulcère de cornée nécessite un examen ophtalmologique : seul cet examen permet d'en préciser la cause, la profondeur, et d'instaurer le traitement adapté. En cas de doute, consultez sans attendre.