Cicatrisation de la cornée : comprendre, favoriser, surveiller
La cornée est la fenêtre transparente située à l'avant de l'œil. Lorsqu'elle est blessée — éraflure, ulcère, suite d'une chirurgie ou d'une infection — sa capacité à cicatriser correctement conditionne la vision. La plupart des lésions guérissent vite et sans séquelle, mais certaines cicatrisent mal et demandent une prise en charge spécifique. Voici comment la cornée guérit, pourquoi cela peut se compliquer, et ce qu'on peut faire.
Pourquoi la cornée est un cas à part
Contrairement à la peau, la cornée doit rester parfaitement transparente pour bien voir. Une cicatrisation « visible » y laisse une opacité qui peut gêner la vision. De plus, la cornée n'a pas de vaisseaux sanguins : elle se nourrit des larmes, de l'humeur aqueuse et de l'oxygène de l'air. Cette absence de vaisseaux préserve sa transparence, mais rend aussi la cicatrisation plus lente et plus délicate que celle d'une plaie cutanée.
Comment la cornée cicatrise, couche par couche

La cornée comporte trois couches principales, qui ne cicatrisent pas de la même façon :
- L'épithélium (surface) se régénère très vite : une simple éraflure se referme le plus souvent en 1 à 3 jours, sans laisser de trace.
- Le stroma (partie épaisse et centrale) cicatrise lentement. Une atteinte profonde peut laisser une cicatrice (opacité) plus ou moins gênante selon sa position.
- L'endothélium (couche interne) ne se renouvelle quasiment pas chez l'humain. S'il est abîmé, la cornée peut gonfler (œdème) et devenir trouble ; une greffe endothéliale est parfois nécessaire.
Quand la cicatrisation traîne : les causes
On parle de défect épithélial persistant lorsqu'une plaie de surface ne se referme pas comme prévu. Les causes les plus fréquentes sont :
- La sécheresse oculaire sévère et l'inflammation de la surface.
- La baisse de sensibilité de la cornée (kératite neurotrophique) — après un zona, un herpès, un diabète ou une chirurgie : la cornée « ne se sent plus » et cicatrise mal.
- Un déficit en cellules souches du limbe (bordure de la cornée), qui sont indispensables pour renouveler la surface.
- Une infection (ulcère de cornée), une exposition (paupières qui ferment mal), ou certains collyres utilisés trop longtemps.
Les signes qui doivent alerter
Consultez rapidement, surtout si vous portez des lentilles ou avez été opéré, en cas de :
- Douleur qui persiste ou s'aggrave.
- Rougeur marquée et sensibilité à la lumière.
- Baisse de vision ou voile devant l'œil.
- Sensation de corps étranger qui ne passe pas, larmoiement, tache blanche sur la cornée.
Comment on favorise la cicatrisation
Le traitement dépend de la cause. Il va du plus simple au plus spécialisé :
- Lubrification intensive (larmes artificielles sans conservateur, gels) et traitement de la sécheresse et de l'inflammation.
- Lentille pansement ou occlusion, pour protéger la surface le temps qu'elle se referme.
- Sérum autologue (collyre fabriqué à partir de votre propre sang), riche en facteurs de cicatrisation.
- Traitements plus récents : facteur de croissance nerveux (cénégermine) pour la kératite neurotrophique, matrices régénératrices.
- Greffe de membrane amniotique, lentilles sclérales, et, dans les cas résistants, chirurgies de reconstruction de la surface (greffe de cellules souches).
Cicatrice et vision
Une fois guérie, la cornée peut garder une cicatrice. Si elle est périphérique et fine, elle gêne peu. Si elle est centrale ou profonde, elle peut réduire la vision : selon les cas, on propose un traitement de surface, un laser, une lentille rigide, ou une greffe de cornée lorsque l'opacité est trop importante.
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Cette page a une visée d'information générale et ne remplace pas une consultation médicale. Toute plaie ou infection de la cornée doit être évaluée sans tarder par un ophtalmologiste. Pr Eric E. Gabison — chirurgie de la cornée et de la surface oculaire, Fondation Adolphe de Rothschild, Paris.