Griffure de la cornée : les bons gestes, et ceux qu'il ne faut pas faire
Une griffure superficielle de la cornée est extrêmement douloureuse et presque toujours bénigne. Ces deux affirmations vont ensemble : l'intensité de la douleur ne dit rien de la gravité, parce que la cornée est le tissu le plus densément innervé du corps.
Pourquoi ça fait si mal
La cornée contient environ trois cents à six cents fois plus de terminaisons nerveuses sensitives que la peau. Une abrasion de quelques millimètres met à nu des milliers de fibres. Chaque clignement les balaie — d'où une douleur qui s'aggrave à l'ouverture des yeux et cède au repos, avec larmoiement et une gêne majeure à la lumière.
Cette même densité nerveuse explique la rapidité de la réparation : l'épithélium migre pour recouvrir la zone dénudée en vingt-quatre à soixante-douze heures dans la plupart des cas.
Les premières heures
- Retirer les lentilles si vous en portez, et ne pas les remettre tant que l'œil n'est pas guéri.
- Ne pas se frotter l'œil : le frottement étend la zone décollée.
- Rincer au sérum physiologique si un corps étranger est possible.
- Un antalgique par voie orale — paracétamol, ibuprofène — soulage sans gêner la cicatrisation.
- Des lunettes de soleil rendent les heures suivantes supportables.
Le collyre anesthésiant : le seul vrai piège
C'est le point le plus important de cette page. Un collyre anesthésiant supprime la douleur en quelques secondes. Il est utilisé en consultation pour examiner l'œil, et c'est là son seul usage légitime.
Employé de façon répétée, il devient toxique pour l'épithélium : il bloque la migration cellulaire, l'adhérence et la division, et supprime la sensibilité qui protège l'œil. Le patient ne sent plus rien, continue d'utiliser le produit, et la simple griffure devient un ulcère qui ne cicatrise plus — parfois avec une perte de vision définitive. Ces situations existent, elles sont décrites, et elles commencent toujours de la même façon : un flacon donné par un proche ou conservé d'une consultation précédente.
Ce qui doit amener à consulter
- Une douleur qui persiste au-delà de quarante-huit heures ou qui s'aggrave.
- Une baisse de vision, même modérée.
- Une tache blanche visible sur la cornée.
- Un écoulement, une rougeur qui augmente, une paupière gonflée.
- Une griffure survenue chez un porteur de lentilles, un diabétique ou un patient immunodéprimé : le risque infectieux y est plus élevé.
- Une blessure par végétal — branche, feuille, épine — qui expose à des infections fongiques particulières.
Et après ?
Une griffure qui a bien guéri ne laisse aucune trace. Mais chez certains patients, elle inaugure des érosions récidivantes : des réveils douloureux qui se répètent des mois plus tard, parce que les attaches profondes de l'épithélium n'ont pas repris. Une pommade appliquée au coucher pendant quelques semaines après l'épisode initial réduit ce risque.
Questions fréquentes
- Combien de temps pour qu'une griffure de la cornée guérisse ?
- Vingt-quatre à soixante-douze heures pour une abrasion superficielle. Au-delà de quarante-huit heures de douleur, il faut consulter.
- Peut-on mettre un pansement sur l'œil ?
- L'occlusion n'accélère pas la cicatrisation et n'est plus recommandée en première intention pour une abrasion simple.
- Peut-on utiliser un collyre anesthésiant acheté ou prêté ?
- Non, jamais. Un usage répété bloque la cicatrisation et peut transformer une griffure bénigne en ulcère grave.
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Mis à jour le 26 août 2026 · Ces informations sont à visée éducative et ne remplacent pas une consultation.