Pr Eric E. GabisonCornée et surface oculaire · Paris
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Adjuvants mécaniques et modulation de la fibrose cornéenne

Deux problèmes distincts sont réunis ici parce qu'ils se posent aux deux extrémités de la même histoire. Au début : une surface qui ne peut pas cicatriser parce qu'elle est exposée. À la fin : une cornée qui a cicatrisé, mais en devenant opaque.

Le premier problème est mécanique et se règle mécaniquement. Aucune molécule ne compense un défaut d'occlusion palpébrale : chez un patient paralysé facial ou exophtalme, la tarsorraphie ou le ptosis botulique font davantage que l'ensemble des collyres de cette revue. C'est le geste que l'on repousse trop souvent, par réticence esthétique, alors qu'il est réversible.

Le second problème est cellulaire : la transformation des kératocytes en myofibroblastes sous l'effet du TGF-β, qui produit le haze et la taie. La mitomycine C l'empêche brutalement, en tuant les kératocytes ; le losartan topique propose de l'infléchir en bloquant la voie du TGF-β en amont.

Vue d'ensemble

AgentMécanismeNiveau de preuve
Tarsorraphie · occlusion lacrymale · ptosis botuliqueMécanique/physiologique : tarsorraphie & ptosis botulique réduisent l'exposition/évaporation et le micro-traumatisme du…Oxford II–IV Modéré Présent · établi
Mitomycine C (MMC)Pontage de l'ADN → inhibition de la prolifération et apoptose des kératocytes/myofibroblastes activés du stroma antérieu…Oxford I–II Fort (anti-haze) Présent · réfractif
Losartan topiqueBloque la signalisation TGF-β en aval (voie TGF-β→Smad, via l'inhibition de la signalisation de l'angiotensine et de la…Oxford IV Faible–Modéré · émergent Présent-émergent · hors-AMM
Oxygénothérapie hyperbare (OHB)↑Pression tissulaire en O₂ → soutien du métabolisme mitochondrial/ATP épithélial (migration/prolifération), néovasculari…Oxford IV–V (clin.) · II (exp.) Faible / Expérimental Présent · niche

Tarsorraphie · occlusion lacrymale · ptosis botulique

Fermeture palpébrale (suture/colle), bouchons méatiques ou cautérisation, chimiodénervation du releveur (toxine botulique A)

Mécanique/physiologique : tarsorraphie & ptosis botulique réduisent l'exposition/évaporation et le micro-traumatisme du clignement, couvrent la surface et augmentent le temps de contact lacrymal (protection de l'épithélium neurotrophique). La toxine botulique = « tarsorraphie temporaire » réversible. Occlusion lacrymale : ↑volume/résidence du film lacrymal, ↓charge en MMP/inflammation.

Indications

DEP, kératopathie neurotrophique, kératopathie d'exposition (paralysie faciale, lagophtalmie), sécheresse aqueuse sévère, post-greffe complexe.

Voie & posologie

Tarsorraphie latérale/centrale (temporaire par colle/suture ou permanente) ; bouchons collagène (temporaires) ou silicone/cautérisation ; toxine botulique ~2,5–7,5 U dans le releveur (ptosis en quelques jours, ~4–12 semaines, répétable).

Niveau de preuve

Oxford III–IV (séries, pratique ancienne ; quelques séries contrôlées pour le botox) ; occlusion lacrymale dans la sécheresse : Oxford II · Échelle : Modéré.

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Mitomycine C (MMC) — modulateur anti-fibrotique

Alkylant antinéoplasique, application peropératoire 0,02 % (0,2 mg/mL)

Pontage de l'ADN → inhibition de la prolifération et apoptose des kératocytes/myofibroblastes activés du stroma antérieur → prévention de la fibrose sous-épithéliale (haze) et de la repousse fibrovasculaire du ptérygion. N'accélère pas la cicatrisation épithéliale (peut la retarder transitoirement) ; toxicité endothéliale si exposition excessive.

Indications

Prophylaxie du haze après photoablation de surface (PRK/PTK), surtout fortes myopies/retraitements ; adjuvant de l'exérèse de ptérygion (↓récidive) ; chirurgie filtrante du glaucome.

Voie & posologie

Application peropératoire unique sur le lit stromal via éponge — 0,02 % pendant 12 s–2 min (titré selon la profondeur), puis irrigation abondante (BSS). Pas d'usage topique chronique.

Niveau de preuve

Oxford I–II (ECR, dose-réponse) · Échelle : Fort (prévention du haze, récidive du ptérygion).

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Losartan topique — anti-fibrotique anti-TGF-β

Antagoniste du récepteur AT1 de l'angiotensine II, repositionné en collyre · travaux de S. Wilson (Cleveland Clinic)

Bloque la signalisation TGF-β en aval (voie TGF-β→Smad, via l'inhibition de la signalisation de l'angiotensine et de la transactivation) → empêche la différenciation des kératocytes en myofibroblastes (α-SMA) responsables de la fibrose/opacité cornéenne (haze). Agent anti-cicatriciel stromal (n'accélère pas l'épithélialisation — au contraire, toxicité épithéliale possible à forte concentration).

Indications

Prévention/traitement de la fibrose et opacité cornéennes (haze) — meilleurs résultats dans les cicatrices post-HSV/VZV, post-LASIK/PRK, post-kératite infectieuse (Pseudomonas), post-kératectomie. Alternative « pharmacologique » à la mitomycine C, applicable en post-hoc (sur cicatrice constituée) et non seulement en peropératoire.

Voie & posologie

Collyre compounded 0,8 mg/mL, 6×/j, ≥6 mois. En présence d'un défect épithélial : débuter à 0,2 mg/mL 6×/j jusqu'à cicatrisation puis passer à 0,8 mg/mL. Concentrations élevées toxiques : 40 mg/mL très toxique ; 8 mg/mL → défects épithéliaux persistants sur surface fragilisée.

Niveau de preuve

Oxford IV (séries de cas et rapports ; base préclinique robuste chez le lapin) · Échelle : Faible–Modéré (émergent). Ex. : série HSV/VZV — AV de 20/400 → 20/25 et 20/200 → 20/20 ; post-LASIK 20/200 → 20/30 (4 mois) ; kératectomie : opacité 0,7 → 0,4 mm (9 mois).

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Oxygénothérapie hyperbare (OHB)

100 % O₂ à 2–2,5 ATA · adjuvant de niche

↑Pression tissulaire en O₂ → soutien du métabolisme mitochondrial/ATP épithélial (migration/prolifération), néovascularisation limbique en cas d'ischémie, effet anti-œdème/antimicrobien. Données animales : cicatrisation accélérée (voie acétylcholine).

Indications

Ulcères réfractaires/ischémiques, brûlures chimiques avec ischémie limbique, ischémie du segment antérieur, kératite post-embolique (adjuvant, non routinier).

Voie & posologie

Séances OHB ~90 min à 2–2,5 ATA, quotidiennes, plusieurs séances ; ou O₂ localisé (expérimental).

Niveau de preuve

Oxford IV–V clinique · Échelle : Faible / Expérimental (cornée).

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Ce qu'il faut retenir

Retenir d'abord la hiérarchie : devant un ulcère qui ne se ferme pas, vérifier l'occlusion palpébrale et la sensibilité cornéenne avant de prescrire quoi que ce soit. Un ptosis botulique donne trois mois de fermeture, sans cicatrice, et permet souvent de trancher : si l'ulcère se referme, la cause était l'exposition.

La mitomycine C est efficace et dangereuse — l'aplasie kératocytaire qu'elle provoque est durable, et les concentrations comme les temps d'application ne s'improvisent pas. Le losartan topique est l'une des pistes les plus intéressantes du moment : molécule ancienne, sûre par voie générale, avec des résultats précliniques convergents sur la cicatrice cornéenne — mais sans essai clinique de taille.

L'oxygénothérapie hyperbare reste marginale, réservée à des ischémies du segment antérieur.

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Mis à jour le 26 août 2026